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Sauvegarde du patrimoine oral africain: l'IFAN et la Fédération Wallonie-Bruxelles ouvrent l'ère des collections numériques

La salle de visioconférence de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar - UCAD a accueilli la cérémonie de clôture et de restitution du projet pilote de numérisation du fonds documentaire de Lilyan KESTELOOT le mardi 23 juin 2026.

L’événement s’est déroulé en présence d’un parterre de chercheurs, d’enseignants, de spécialistes du patrimoine et de représentants institutionnels, notamment du Réseau francophone numérique (RFN) ainsi que la Déléguée générale du Québec et les représentants de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), partenaires clés de cette immense entreprise de sauvegarde.

Pionnière indétrônable de l'étude des littératures négro-africaines et de l'oralité, Lilyan KESTELOOT a consacré sa vie à parcourir le continent pour enregistrer la mémoire humaine. Son secret résidait dans une écoute absolue, horizontale et respectueuse des porteurs de traditions. Loin d'appliquer des concepts préconçus, elle s'est mise à l'école des maîtres de la parole pour offrir à la littérature africaine ses lettres de noblesse, démontrant que ses racines plongeaient dans une oralité d'une complexité inouïe.

Au-delà de la collecte, sa contribution fut éthique et politique. À travers le REARE (Réseau de Recherche en Afrique sur les Littératures orales), elle a imposé le respect du droit d'auteur pour les chercheurs africains. Les étudiants-chercheurs qui collectaient ces trésors signaient eux-mêmes leurs travaux, garantissant leur propriété intellectuelle et leur dignité scientifique face aux standards internationaux.

Ce projet a permis de restaurer, de numériser et de valoriser un patrimoine fragile, capturé au fil des décennies sur des cassettes audio périssables.

Plus de 1 400 archives sonores inestimables ont ainsi été sauvées à travers ce projet.

Ce fonds d’une richesse exceptionnelle, regroupe des épopées et récits initiatiques (notamment peuls, sérère, wolofs et bambaras) ; des chants traditionnels ; des contes et légendes issus de multiples groupes ethnolinguistiques d'Afrique noire.

Lors de cette journée, une table ronde de haut niveau intitulée « De l’écriture à l’oralité : Lilyan KESTELOOT, l’odyssée d’un franchissement de seuil épistémologique », modérée par le Pr. Papa Massène SENE, a réuni les plus grands spécialistes de la tradition orale (les Professeurs Amade FAYE et Abdoulaye KEITA, et les Docteurs Ibrahima FAYE, Lamane MBAYE et Ngor GNING). Ils ont rappelé comment Lilyan KESTELOOT a imposé la littérature orale comme une discipline académique à part entière.

¨Ce projet n'est pas seulement une réussite technique, c'est un acte de décolonisation des savoirs et de réappropriation de notre propre mémoire collective¨ a résumé un chercheur dans l'assistance.

La réussite de cette entreprise repose sur une synergie institutionnelle et une diplomatie de terrain menée par les Délégués généraux de Wallonie-Bruxelles au Sénégal qui se sont succédé au Sénégal, de Philippe CANTRAINE a Jean-François PAKULA en passant par Yann GALL, Pascal MONTOISY. Qualifiés de ¨passeurs¨ culturels, ces Délégués généraux ont su traduire la vision scientifique de l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN) en un projet de coopération internationale concret avec la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), principal bailleur de fonds.

En mobilisant les compétences techniques du RFN, la FWB n'a pas seulement financé la sauvegarde du passé, elle a doté l’Institut Fondamental d'Afrique Noire - IFAN, d’infrastructures de numérisation modernes (équipements, stockage sécurisé, salle dédiée) tout en formant ses équipes locales.

Le cadre méthodologique étant désormais validé, l'IFAN ambitionne de faire éclore d'autres gisements mémoriels qui attendent d'être numérisés. Le Dr Moustapha SEYE, Chef du Département des Sciences humaines à l’IFAN a profité de la cérémonie pour lancer un appel solennel aux chercheurs en ces mots ¨Confiez à notre Institut les archives issues de vos recherches...collections après collections, nous construirons ensemble la mémoire numérique africaine¨.

En passant de la sauvegarde d'un fonds unique à la création d'une infrastructure pérenne pour l'université africaine, Dakar et Bruxelles écrivent ensemble une page historique de la souveraineté culturelle du continent. L'ensemble de ces précieuses ressources sera bientôt accessible au grand public et aux chercheurs via la Bibliothèque numérique de l'IFAN et du RFN.

 

archives KESTELOOT
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